Entre apparition et disparition

Les peintures présentées dans la série Wetland sont nées, comme le précise Jean-Paul Probani, “d’un périple en terre de l’ouest extrême” ; plus justement de l’alliance d’une technique et d’impressions instillées durant le voyage vers la baie de Cork, puis à travers le sud-ouest de l’Irlande jusqu’à Cill Rialaig, la résidence d’artistes où il fut invité durant l’été 2015.

La découverte de ce hameau de pierres, presque troglodytique, perché sur un flanc de falaise fouetté par le vent, véritable  “bout de caillou jeté dans la mer”, succède à la traversée d’un décor végétal, celui du Park national du Kerry, fait de tunnels de verdure, de lacs anthracites, de roches effilées comme rasoir, de brumes, de vapeurs vagues et humides, qui pénètrent le promeneur par tous les sens.

Et c’est certainement au sein de “cette force sauvage de la nature et de cette lumière incroyable qui respire et qui bouge comme boule à facettes” que le travail de Jean-Paul Probani prendra peu à peu tout au long de son séjour d’étude une forme sans cesse plus proche du paysage.

À Cill Rialaig, “bateau posé sur terre”, tel qu’il qualifie son nouvel environnement, “la brume et le brouillard donnent à l’espace un air de mystère ; tous les éléments, comme recouverts d’un calque, comme dépigmentés, deviennent vite des ombres changeantes au gré du vent et des ondées”.

Comment rendre dès lors en peinture ce perpétuel mouvement que la photographie elle-même ne saurait saisir dans son intégralité, ce tumulte dans lequel la lumière joue en permanence sur les reliefs, allant jusqu’à prendre les couleurs de la lande pour se transformer de manière fugace en un brouillard vert, tandis que le vent s’en vient cingler les visages d’effluves d’humus et d’océan ?

“Traduire ces émotions, entre apparition et disparition, développe Jean-Paul Probani, passe par le travail des sous-couches encore fraîches, couleur de terre végétale, qui permettent d’intervenir par la transparence ou par la vibration des blancs à leur contact. «Mettre, Enlever, Utiliser», sont pour moi les arcanes de la peinture, la recherche du «Work in Progress», le sens de la vie dans ce petit monde en deux dimensions”.

Le travail intervient directement, sans dessin préparatoire, sans photographie, sous forme de “rituel” avec le fond qui monte par couches de matières successives pour finir par former le squelette de la toile, squelette dont l’huile constituera ensuite la chair.

“La coulure devient le vent, la pluie, le temps qui s’étire dans l’espace limité par le format… Et dans ce cadre, le «non-contrôle», l’accident, doivent faire partie de l’aventure, en ouvrant d’autres portes éventuelles et de possibles nouveaux espaces à la créativité plastique”.

Pour toujours tenter de mieux rendre les mouvements d’une “nature sous les météores” comme celle découverte en terre d’Irlande.

Gérôme Dauzon, journaliste.